Près de 70 % des personnes âgées interrogées déclarent préférer rester chez elles plutôt que d’envisager un hébergement en institution, selon les derniers chiffres de la Drees. Ce choix perdure malgré l’augmentation du nombre de places disponibles et les campagnes d’information institutionnelles.
L’écart entre les dispositifs existants et les attentes individuelles se creuse, générant incompréhensions et tensions au sein des familles. Les professionnels du secteur constatent une hausse des refus, même en présence de situations de dépendance avancée.
Pourquoi tant de seniors refusent-ils la maison de retraite ?
L’attachement à son propre domicile pèse lourd dans la balance. Beaucoup de seniors voient dans leur logement le reflet d’une histoire, d’habitudes précieuses, d’un voisinage familier. Quitter ces repères, c’est affronter la peur de perdre ce qui fait sens au quotidien. L’image véhiculée par les ehpad n’arrange rien : pour certains, la maison de retraite évoque davantage la rupture que la sécurité.
La question du choix reste au centre des préoccupations. En France, presque 70 % des personnes âgées souhaitent continuer à vivre chez elles aussi longtemps que possible, selon la Drees. Plusieurs raisons alimentent ce refus :
- La peur de l’isolement social : l’idée de se couper des proches, du quartier et de ses repères inquiète de nombreuses personnes âgées.
- La méfiance envers les établissements : reportages, actualités et témoignages critiques contribuent à entretenir une image négative des ehpad.
- Le besoin de préserver son autonomie : malgré la dépendance, beaucoup tiennent à garder la main sur leur rythme de vie, leurs activités, leurs petits choix du quotidien.
La question financière n’est jamais loin. Le coût d’un hébergement en ehpad reste prohibitif pour de nombreux ménages. Certains redoutent d’engager leurs enfants dans des dépenses lourdes ou de devoir liquider un patrimoine accumulé toute une vie.
Pour les familles, l’équation est délicate. Entre le respect du choix du proche, la peur de mal faire et la volonté de veiller à sa sécurité, la tension monte vite. Lorsque l’accompagnement fait défaut, la communication se tend et le sentiment d’impasse s’installe.
Entre attachement au domicile et peur du changement : comprendre les vraies raisons du refus
Dans la réalité, rester chez soi s’impose pour beaucoup comme une évidence, tant l’attachement au logement est fort. Ce lieu n’est pas qu’un simple toit : il concentre souvenirs, habitudes, repères. Partir, ce serait laisser derrière soi bien plus que des murs.
La peur du changement s’ajoute à cette résistance. L’entrée en maison de retraite réveille souvent l’angoisse de perdre le contrôle, de dépendre d’un rythme imposé, de rompre avec son environnement familier. Les troubles cognitifs, comme la maladie d’Alzheimer, accentuent cette crainte. Même quand la dépendance s’installe, le refus peut être tenace, porté par la volonté de rester maître de ses choix.
Face à ces résistances, les familles cherchent de l’aide : médecin traitant, psychologue, aide à domicile. Mais chacun avance avec ses propres représentations et inquiétudes, ce qui complique parfois le dialogue. D’un bout à l’autre de la France, le maintien à domicile reste un idéal, y compris lorsque les conditions deviennent difficiles.
Ici, l’accompagnement psychologique prend tout son sens, tout comme l’écoute active des aidants. Naviguer entre le désir de protéger et celui de respecter la volonté du parent demande du temps, de la patience. Les professionnels de santé le rappellent régulièrement : la décision ne se prend pas dans l’urgence, elle se construit au fil des épreuves et des échanges.
Comment réagir quand un proche s’oppose à l’entrée en établissement ?
Quand un parent refuse catégoriquement l’entrée en établissement, la tentation de passer en force peut surgir. Pourtant, instaurer un dialogue sincère reste primordial. Prendre le temps d’écouter les peurs, les arguments, permet de désamorcer bien des tensions. Oser partager ses propres inquiétudes, sans chercher à imposer, ouvre la voie à une discussion plus apaisée.
Solliciter un médecin traitant ou une assistante sociale s’avère souvent utile. Leur regard extérieur, leur expérience, aident à clarifier la situation et à envisager des solutions adaptées. Certains établissements proposent même des rencontres avec le médecin coordonnateur ou l’équipe soignante, afin de répondre de façon concrète aux questions des familles et des futurs résidents.
Si le refus persiste, la question de la protection juridique peut se poser. La loi du 4 mars 2002 affirme le respect du consentement de la personne âgée, sauf si sa sécurité est gravement menacée. Recourir à une tutelle ou à une curatelle ne se justifie que lorsque la santé ou la sécurité sont en jeu.
À Paris, comme partout ailleurs, l’assistante sociale joue un rôle central auprès des familles. Les établissements sociaux et médico-sociaux sont là pour accompagner, notamment dans les situations de refus de soins. Prendre le temps de confronter les points de vue, sans précipitation, contribue à instaurer une dynamique plus sereine au sein du cercle familial.
Conseils concrets et ressources pour accompagner la décision en douceur
Accompagner la décision d’une personne âgée qui refuse la maison de retraite demande du tact et une bonne connaissance des options disponibles. Maintien à domicile, résidence autonomie, village senior : plusieurs alternatives sont possibles. Les services d’aide à domicile (auxiliaires de vie, soins infirmiers, livraison de repas) prolongent la vie chez soi. Les résidences services ou résidences autonomie permettent, elles, de trouver un équilibre entre liberté et sécurité.
Ressources et dispositifs clés
Voici un tour d’horizon des aides et solutions mobilisables :
- L’APA (allocation personnalisée d’autonomie) prend en charge une partie des dépenses liées à l’aide à domicile, selon le niveau de GIR.
- Des dispositifs comme Ma Prime Adapt, Logiadapt ou l’ANAH facilitent l’adaptation du logement, en finançant des travaux pour gagner en accessibilité et sécurité.
- Le service Filien ADMR met à disposition téléassistance et conseils, ce qui permet de soutenir les aidants familiaux dans leur quotidien.
- Le conseil départemental guide les familles vers les aides financières et sociales adaptées, notamment en cas de recherche d’un hébergement pour personnes âgées.
Associer l’aidant familial à chaque phase du projet favorise l’acceptation. Tester l’accueil temporaire, organiser quelques jours en résidence services : ces étapes intermédiaires aident à apaiser les inquiétudes. Rester attentif au parcours de vie, valoriser le maintien du lien social et respecter l’aspiration à l’autonomie sont autant de leviers pour accompagner la transition sans heurt.
Rester dans son chez-soi ou franchir la porte d’un nouvel établissement ? Pour chaque famille, la réponse s’écrit à tâtons, entre souvenirs, craintes et espoirs. Ce chemin se trace rarement en ligne droite, mais il peut aussi révéler des ressources insoupçonnées, à mesure que chacun avance à son rythme, sans jamais perdre de vue l’essentiel : le respect du choix et de la dignité de la personne concernée.


