L’ADL de Katz mesure l’autonomie d’une personne sur six gestes de base : hygiène, habillage, utilisation des toilettes, locomotion, continence et repas. Chaque item reçoit une note de 0 (dépendant), 0,5 (aide partielle) ou 1 (indépendant), pour un score global de 0 à 6. En pratique, la passation prend moins de dix minutes, mais l’interprétation et surtout le moment où repasser la grille posent davantage de questions que la cotation elle-même.
Cotation ADL en trois niveaux : ce que chaque palier signifie vraiment
La version dérivée de l’échelle, la plus utilisée en gériatrie française, distingue trois niveaux par item. Le score 1 correspond à un patient qui réalise le geste seul, sans surveillance. Le score 0,5 indique qu’une aide humaine ponctuelle est nécessaire : accompagnement aux toilettes, aide pour se chausser ou pour couper les aliments au repas.
Le score 0 signale une dépendance totale pour l’activité concernée. Un patient coté 0 en locomotion est grabataire ; un patient coté 0 en continence porte une protection en permanence.
Un score global ne suffit pas à orienter la prise en charge. Deux patients à 3/6 peuvent avoir des profils radicalement différents : l’un continent et mobile mais incapable de se laver, l’autre autonome pour l’hygiène mais grabataire. Le détail item par item guide les prescriptions d’aide humaine bien plus que le chiffre total.

ADL et IADL : distinguer les deux échelles en consultation gériatrique
L’ADL évalue les activités de base. L’IADL (Instrumental Activities of Daily Living) de Lawton couvre les activités instrumentales : gestion des médicaments, utilisation du téléphone, courses, transports, finances, ménage. Les deux échelles se complètent mais ne mesurent pas le même stade de déclin.
Un patient peut obtenir 6/6 à l’ADL tout en perdant des points à l’IADL. Ce décalage est fréquent dans les phases précoces de troubles cognitifs : la personne se lave et s’habille seule, mais oublie ses médicaments ou ne gère plus ses factures.
- L’ADL détecte la perte d’indépendance sur les gestes corporels fondamentaux, souvent à un stade avancé de dépendance.
- L’IADL repère un déclin fonctionnel plus précoce, notamment chez les patients présentant un début de maladie d’Alzheimer ou un syndrome démentiel débutant.
- Les deux scores combinés permettent de classer un patient sur un gradient allant de fragile pré-dépendant à dépendant sévère, ce qui oriente le niveau d’aide à organiser.
En consultation gériatrique, passer l’IADL en premier peut révéler un glissement fonctionnel avant même que l’ADL ne bouge.
Réévaluation ADL déclenchée par événement, pas par calendrier
La plupart des fiches décrivent la grille et s’arrêtent là. La question du moment où la repasser reste peu traitée, alors qu’elle conditionne l’utilité réelle de l’outil pour les soignants.
Il n’existe pas de recommandation universelle imposant une fréquence fixe de réévaluation. Les sources récentes de gériatrie clinique préconisent plutôt de déclencher la réévaluation après un événement de rupture dans la trajectoire fonctionnelle du patient. Parmi ces événements :
- Une chute, même sans fracture, qui peut révéler un décrochage de la locomotion ou de la continence.
- Une hospitalisation aiguë, avec réévaluation recommandée à la sortie puis à un mois, période où la récupération fonctionnelle est la plus variable.
- Un changement de traitement lourd (chimiothérapie, introduction de psychotropes), susceptible de modifier la vigilance, l’appétit ou la mobilité.
- Un épisode infectieux sévère, qui peut entraîner un déconditionnement rapide chez un patient fragile.
Cette logique orientée « points de rupture » remplace utilement la réévaluation annuelle systématique, souvent trop espacée pour capter un déclin rapide.
Profils de suivi adaptés au niveau de fragilité
Un patient fragile pré-dépendant (ADL à 5 ou 6, IADL en baisse) mérite une réévaluation à chaque consultation de suivi, car un seul item basculé peut justifier l’entrée d’une aide à domicile. Un patient dépendant modéré en EHPAD sera réévalué à chaque événement intercurrent, mais aussi lors des réunions pluridisciplinaires de projet de soins.
Pour un patient atteint de maladie d’Alzheimer, le déclin ADL suit souvent une trajectoire prévisible : les activités instrumentales chutent d’abord, suivies de l’habillage, de l’hygiène, puis de la continence et de la locomotion. Suivre l’ordre de perte des items aide à anticiper les besoins à venir plutôt que de simplement constater la dépendance installée.

Score ADL en onco-gériatrie : un critère de décision thérapeutique
L’ADL dépasse le cadre de l’évaluation descriptive. Des protocoles d’essais cliniques en onco-gériatrie utilisent désormais le maintien de l’autonomie ADL comme critère d’évaluation principal, et non plus uniquement la survie ou la réponse tumorale.
Un exemple issu du registre français des essais cliniques en 2024 fixe comme critère de jugement principal la survie avec préservation de l’autonomie, définie par une variation maximale de 0,5 point sur l’ADL. Ce seuil de stabilité fine implique que le traitement ne doit pas dégrader les capacités fonctionnelles du patient au-delà d’un demi-item.
Pour les soignants en gériatrie, cette évolution change la portée de l’outil. Le score ADL ne sert plus seulement à quantifier la dépendance : il devient un indicateur de tolérance thérapeutique. Un patient dont l’ADL chute de deux points après une ligne de chimiothérapie pose la question de la poursuite du traitement, indépendamment de la réponse tumorale.
Intégrer l’ADL dans la décision partagée
Le score ADL traduit en chiffres ce que le patient et sa famille perçoivent au quotidien. Présenter l’évolution item par item lors d’une consultation d’annonce ou de réévaluation rend la discussion plus concrète : perdre un point en repas ou en locomotion a des implications pratiques immédiates que le patient comprend sans jargon médical.
L’ADL reste un outil rapide, gratuit et reproductible. Sa limite principale tient à sa granularité : six items ne captent pas toute la complexité fonctionnelle d’un patient âgé. Associer l’ADL à l’IADL, à une évaluation cognitive et à un bilan nutritionnel forme un socle d’évaluation gériatrique standardisée bien plus complet qu’un score isolé.

