Combien touche une aide-soignante en retraite selon son statut public ou privé ?

Le montant de la pension d’une aide-soignante à la retraite dépend d’abord d’une ligne sur sa fiche de paie : son statut. Fonction publique hospitalière ou clinique privée, les règles de calcul, les primes prises en compte et même l’âge de départ diffèrent. Derrière la même blouse, deux systèmes de retraite produisent des résultats parfois très éloignés.

Calcul de la pension aide-soignante : ce qui change entre public et privé

Dans la fonction publique hospitalière, la retraite de base est gérée par la CNRACL. La formule repose sur le traitement indiciaire des six derniers mois d’activité, multiplié par un coefficient lié au nombre de trimestres validés. Les primes et indemnités courantes (travail de nuit, week-end) n’entrent pas dans ce calcul de base, sauf exceptions récentes.

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Dans le secteur privé, le régime général (Assurance retraite) retient la moyenne des 25 meilleures années de salaire brut, primes incluses. La retraite complémentaire Agirc-Arrco s’ajoute ensuite en fonction des points accumulés tout au long de la carrière.

Cette différence de périmètre – six derniers mois contre 25 meilleures années – est la source principale des écarts. Une aide-soignante du public qui a connu une progression indiciaire régulière peut tirer avantage de la règle des six mois. En revanche, une carrière dans le privé avec des primes variables (nuit, dimanche, astreintes) voit ces montants intégrés dans l’assiette de calcul, ce qui peut compenser un salaire de base plus modeste.

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Deux aides-soignantes retraitées du secteur public et privé comparant leurs retraites

Primes et retraite des aides-soignantes : le piège du hors-assiette

C’est un point que les comparatifs entre public et privé mentionnent rarement. Dans la fonction publique, la plupart des primes ne comptent pas pour la retraite de base CNRACL. Elles alimentent un régime additionnel (RAFP) dont le rendement reste faible par rapport aux sommes versées.

La prime « Grand âge » de 118 euros mensuels, versée depuis le 1er janvier 2020 aux agents hospitaliers travaillant en gériatrie, fait exception : elle est soumise à cotisations et alimente l’assiette de calcul. La prime Ségur, elle aussi intégrée au traitement, a modifié la donne pour les départs les plus récents.

Dans le privé, la logique est inverse. L’ensemble de la rémunération brute (salaire, primes de nuit, indemnités de dimanche, prime Ségur) entre dans le calcul des cotisations retraite, base et complémentaire. Ce mécanisme avantage les aides-soignantes du privé dont une part significative de la rémunération provient de ces compléments.

Ce qu’il faut vérifier sur son relevé de carrière

  • Pour une aide-soignante du public : identifier quelles primes ont effectivement été soumises à cotisation CNRACL ou RAFP, car certaines indemnités anciennes n’y figurent pas
  • Pour une aide-soignante du privé : s’assurer que toutes les primes déclarées par l’employeur apparaissent dans le relevé de l’Assurance retraite et que les points Agirc-Arrco correspondent
  • Dans les deux cas : vérifier le nombre de trimestres validés, notamment en cas de temps partiel subi, fréquent dans ce métier

Âge de départ à la retraite : catégorie active et réforme 2023

Les aides-soignantes fonctionnaires bénéficient du classement en catégorie active, qui reconnaît la pénibilité de leur métier. Depuis la réforme des retraites de 2023, l’âge minimal de départ pour ces agents est relevé progressivement à 59 ans pour les générations les plus jeunes, avec une limite d’âge maximale fixée à 62 ans.

La condition : justifier d’au moins 17 ans de service en catégorie active. Sans ces 17 ans, l’aide-soignante fonctionnaire bascule dans les règles des agents sédentaires, avec un âge de départ aligné sur le droit commun.

Dans le secteur privé, aucune catégorie active n’existe. L’âge légal suit la règle générale, progressivement relevé par la réforme 2023. Le compte professionnel de prévention (C2P) peut permettre un départ anticipé, mais les points accumulés restent souvent insuffisants pour compenser l’écart avec le dispositif public.

Retraite progressive pour les aides-soignantes du public

Nouveauté récente : le décret n° 2025-680 du 15 juillet 2025 ouvre la retraite progressive aux agents de la CNRACL. L’âge d’ouverture est fixé à 60 ans, avec une condition de 150 trimestres minimum. L’aide-soignante passe alors à temps partiel tout en continuant à acquérir des droits pour sa pension définitive.

Ce dispositif existait déjà dans le privé. Son extension au public réduit un écart structurel entre les deux régimes, même si les conditions d’accès diffèrent.

Aide-soignante retraitée déposant ses documents de retraite à un guichet administratif

Pension minimum garantie : un filet de sécurité à géométrie variable

Les aides-soignantes, quel que soit leur statut, peuvent prétendre à un montant plancher de pension sous certaines conditions de durée de carrière. Dans le public, le minimum garanti de la CNRACL s’applique aux agents ayant effectué une carrière complète au traitement le plus bas.

Dans le privé, le minimum contributif du régime général joue un rôle similaire. Pour une carrière complète, ce montant reste modeste. La retraite complémentaire Agirc-Arrco vient s’y ajouter, mais le cumul dépend directement du niveau de salaire et de la régularité de la carrière.

Les données disponibles ne permettent pas de donner un montant unique valable pour toutes les situations. Le montant final dépend de la durée de carrière, du temps partiel éventuel et des primes intégrées. Deux aides-soignantes parties la même année avec le même nombre d’années de service peuvent toucher des pensions très différentes selon leur statut et leur parcours.

Rapprochement public-privé : où en est-on pour les aides-soignantes ?

Les réformes récentes visent à rapprocher le fonctionnement des retraites publiques et privées. L’ouverture de la retraite progressive aux fonctionnaires en est un exemple concret. La prise en compte croissante de certaines primes dans l’assiette CNRACL va dans le même sens.

Une différence structurelle persiste malgré tout : le calcul sur les six derniers mois dans le public contre les 25 meilleures années dans le privé. Ce paramètre avantage les fonctionnaires en fin de grille, mais pénalise ceux dont la carrière a été interrompue ou fragmentée.

Pour une aide-soignante qui approche de la retraite, la démarche la plus fiable reste de demander une estimation personnalisée auprès de la CNRACL (public) ou de l’Assurance retraite (privé). Les simulateurs en ligne donnent un ordre de grandeur, mais seul le relevé de carrière corrigé et validé permet de connaître le montant réel de sa future pension.

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