jeudi, juin 23

Comment bien vivre à la retraite ?

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Les changements économiques, sociaux et technologiques influencent les plans de retraite des Canadiens, selon un sondage publié ce printemps par la HSBC.

« Le vieillissement de la population et l’augmentation de la dette nationale sapent la confiance dans la capacité des économies mondiales à continuer de soutenir les personnes âgées », note l’institution financière. Résultat : 62 % des travailleurs à travers le pays se disent préoccupés par la baisse des régimes de retraite et des prestations sociales du gouvernement, et 61 % se disent préoccupés par le nombre croissant de retraités qui ont besoin de fonds ou de soutien pour subvenir à leurs besoins.

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L’avenir ne semble pas les rassurer, puisque plus des deux tiers (70%) estiment qu’en raison du niveau de la dette nationale, l’État offrira moins de soutien aux personnes âgées. Signe de ce pessimisme, 21 % des Canadiens en âge de travailler croient que le gouvernement n’existera même plus lorsqu’ils prendront leur retraite. Dans ces circonstances, HSBC souligne que la planification financière pour la retraite le plus tôt possible devient de plus en plus importante.

1) Des coûts plus élevés que jamais

C’est ce que fait remarquer Conseiller en reprenant un article publié en juillet dans le Financial Post. Dans ce document, le planificateur financier Jason Heath décrit les quatre principales raisons pour lesquelles vos clients doivent mettre plus d’argent de côté pour leur vieillesse : une espérance de vie plus longue, des régimes de retraite qui s’orientent vers une baisse des prestations, des taux d’intérêt bas et des frais de gestion élevés par rapport aux rendements.

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Selon Statistique Canada, l’espérance de vie dans le pays à 65 ans était de 18 ans en 1992. Aujourd’hui, un homme de 65 ans peut s’attendre à vivre encore 21 ans, et d’ici 2050, ce sera 23 ans, selon les projections du Bureau du surintendant des institutions financières. « Il reste encore tellement d’années à financer, même si les Canadiens prennent leur retraite plus tard qu’avant », explique le conseiller, qui nous rappelle que l’âge moyen des personnes quittant le marché du travail en 1992 était de 62 ans, comparativement à 63 ans aujourd’hui continue d’augmenter.

Un autre facteur qui contribue à augmenter le coût de la retraite est la baisse des revenus des régimes à prestations définies, qui sont de moins en moins offerts par les employeurs. Alors qu’en 1977, 52 % des travailleurs canadiens étaient couverts par un régime de retraite défini, il n’était que de 37 % en 2011, et la tendance n’a fait qu’augmenter depuis. En outre, ce n’est pas seulement le nombre de ces régimes qui a diminué, mais également les montants qui leur sont alloués. En d’autres termes, le taux de remplacement a également baissé, ce qui a entraîné une augmentation de l’épargne-retraite facultative avec tous les risques que cela comporte, en particulier « la tentation de satisfaire des désirs d’achat spontanés », note le conseiller.

La troisième raison pour laquelle les Canadiens doivent épargner plus d’argent pour leur retraite est la baisse des taux d’intérêt dans tout le pays au cours des 30 dernières années, qui a notamment réduit le rendement des obligations d’épargne du Canada. Celles-ci « n’offrent plus de rendement compétitif par rapport à l’inflation sur d’une part, et les actions de l’autre », explique le conseiller. « Pour un investisseur prudent, cela signifie qu’il faut faire beaucoup plus d’économies pour financer sa retraite », ajoute le site, qui rappelle que des études montrent que plus les personnes âgées gagnent, plus elles se tournent vers les obligations.

Le dernier facteur concerne les frais de gestion. En apparence, ceux des fonds communs de placement canadiens ont diminué au cours des 15 dernières années, passant d’une moyenne de 2,7 % à entre 0,5 % et 2,2 % aujourd’hui. Mais en raison de la baisse des taux d’intérêt, ils rongent en fait une plus grande part des rendements des fonds, insiste le conseiller. Et ce phénomène « est encore plus vrai pour les retraités, qui sont souvent plus prudents et ont donc plus d’obligations — avec des rendements inférieurs — dans leurs portefeuilles ».

2) Peu de Canadiens prévoient une retraite facile

Les Canadiens prévoient quitter le marché du travail à 62 ans et s’attendent à vivre jusqu’à 85 ans, faisant de leur retraite l’une des plus longues de la planète. En effet, le les moyennes sont respectivement de 61 et 81 ans, selon un rapport de la HSBC publié en avril, intitulé The Future of Retirement : Quicksand. Il montre également que les Canadiens sont parmi les moins susceptibles de rechercher de l’information pour orienter leurs choix en matière de finances personnelles ; seulement 42 % le font, comparativement à 56 % ailleurs dans le monde.

L’étude internationale, qui a recueilli les opinions de quelque 18 414 personnes dans 16 pays et territoires (Argentine, Australie, Canada, Chine, Égypte, France, Hong Kong, Inde, Indonésie, Malaisie, Mexique, Singapour, Taïwan, Émirats arabes unis, Royaume-Uni et États-Unis), montre que Les Canadiens réagissent parfois différemment de leurs pairs. Par exemple, moins d’un tiers (31 %) estiment que les nouvelles technologies modifient la façon dont ils épargnent en vue de la retraite, bien moins que la moyenne mondiale (47 %). La différence est particulièrement marquée avec la Chine et l’Inde, où la proportion de personnes interrogées appréciant le progrès technologique est beaucoup plus élevée, soit 77 % et 69 %.

En termes de ressources financières, seulement 29 % des répondants canadiens en activité prévoient être dans une situation confortable au moment de la retraite, alors que la moyenne mondiale est de 34 %. Seuls les Français (10 %) et les Australiens (21 %) sont plus inquiets quant à leur avenir économique. Dans ce contexte d’incertitude, l’immobilier demeure considéré comme le meilleur moyen d’épargner pour 38 % des Canadiens, comparativement à 26 % pour les actions, 23 % pour les fonds de pension en milieu de travail, 22 % pour l’épargne en espèces et 20 % pour les régimes personnels d’épargne-retraite. Toutefois, selon la HSBC, ce point de vue ne se reflète pas encore dans les plans de retraite, puisque seulement 16 % des personnes en âge de travailler prévoient utiliser l’immobilier pour financer leurs besoins futurs. Enfin, 44 % des personnes interrogées dépendent plutôt des fonds de pension des employeurs pour vivre, 40 % de l’aide des régimes de retraite gouvernementaux ou de la sécurité sociale et 37 % de leurs économies en espèces.

Interrogés sur l’âge auquel ils espèrent prendre leur retraite, un peu plus de la moitié (55 %) des Canadiens prévoient continuer à travailler à temps partiel pendant leur retraite ; 66 % disent qu’ils sont prêts à retarder leur départ de deux ans ou plus pour bénéficier d’un meilleur revenu, et 44 % prévoient travailler plus longtemps ou prendre un deuxième emploi. Cependant, une majorité de personnes interrogées éprouvent de plus en plus de difficultés à planifier leur retraite, et 35 % des personnes en âge de travailler estiment que la situation évolue si rapidement que leur plan de retraite ne sera plus approprié lorsqu’ils le prendront. « La bonne nouvelle, c’est que les Canadiens s’attendent à avoir une retraite et une espérance de vie plus longues que leurs pairs ailleurs dans le monde ; la mauvaise nouvelle, c’est qu’ils ne s’y préparent pas vraiment », commente Larry Tomei, vice-président exécutif des affaires de HSBC Canada.

3) Que faut-il penser de la « règle des 70 % » ?

Rappelant que « nous entendons souvent dire qu’il faut viser à remplacer 70 % de son revenu à la retraite », Stéphane Rolland s’interroge dans Les Affaires sur l’origine de cette règle et sa pertinence. Après avoir interrogé Angela Iermieri, planificatrice financière chez Desjardins Groupe, il a noté que cette règle provient d’une comparaison avec les régimes de retraite à prestations déterminées, puisque plusieurs d’entre eux « promettent une pension équivalente à 2% du salaire du salarié par année de service », soit, après 35 ans, l’équivalent de 70% de ses revenus. En d’autres termes, explique le journaliste, « le but de ce conseil est d’offrir un point de comparaison à ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir compter sur ces régimes généreux ».

Il précise que si l’objectif de 70 % implique que les dépenses seront moins élevées à la retraite, puisque certaines d’entre elles disparaissent (comme les cotisations salariales), cela ne peut pas s’appliquer à tout le monde, car les besoins peuvent varier d’une personne à l’autre. Cette règle s’avère néanmoins intéressante, affirme Angela Iermieri. « Vous pouvez commencer par cela au début de votre carrière, lorsque vous aurez pris l’habitude d’épargner. C’est une base, mais plus vous vous rapprochez de la retraite, plus vous devrez être précis », explique le planificateur financier. Autour du à 45 ans, les épargnants pourront faire le point sur leurs objectifs et voir s’ils ont besoin d’épargner davantage ou de réévaluer leur taux de remplacement, explique Stéphane Rolland. Ensuite, environ cinq ans avant sa retraite, il sera en mesure de préparer un budget encore plus précis de ses besoins. « Le taux de remplacement requis pourrait être de 60 %, 80 % ou même 100 % », explique Angela Iermieri.

Dans un autre article publié par Les Affaires Au contraire, l’automne dernier, Daniel Germain défend cette fameuse règle des 70%. « Il n’y a pas de chiffres magiques. Il faut définir ses projets et faire ses calculs », dit-il. « En 15 ans de journalisme sur les finances personnelles, j’ai vu beaucoup de chiffres surutilisés. À mes débuts, certaines personnes disaient qu’il fallait économiser 750 000 $ en REER. Aujourd’hui, le montant que nous entendons souvent est de 1 million de dollars. Il est rond et il frappe l’imagination, mais pour beaucoup, cet objectif est totalement momifiant. Cela semble tellement irréaliste qu’il décourage l’épargne. Ceux qui diffusent ces chiffres dans les médias doivent être punis. pour avoir inutilement suscité de l’anxiété au sein de la population », proteste le chroniqueur.

Et pour étayer son point, il cite deux planificateurs financiers opposés au « chiffre magique » de 70%. Brigitte Felx, employée chez RBC, juge que si par le passé celui-ci a été utilisé comme un bon étalon par mesure, aucun planificateur financier ne le mentionne aujourd’hui sans émettre de réserves. Éric Brassard, quant à lui, y est tellement hostile qu’il a publié avec ses associés un document intitulé The (Stupid) 70% Rule dans lequel il montre qu’elle ne s’applique pas à un cas particulier.

Le planificateur financier reproche notamment à cette méthode d’ « ignorer un aspect central et complexe du décaissement de l’épargne-retraite : la fiscalité », souligne Stéphane Rolland. De plus, ajoute-t-il, toutes les règles ont ce défaut, puisqu’ « elles ne tiennent pas compte de la source du capital de retraite », qu’il s’agisse d’un CELI, d’un REER, d’un régime de retraite en milieu de travail, de la vente d’un chalet ou d’une maison familiale, ou un héritage. « Il n’y a aucune règle qui soit vraie, car il n’y a pas de cas identiques. Les gens n’ont pas les mêmes intérêts, et cela se poursuivra au-delà de la vie professionnelle », conclut le journaliste.

4) Comment économiser… sans trop vous forcer

Il n’est pas toujours facile de mettre de l’argent de côté, surtout lorsque la retraite semble encore lointaine, reconnaît Claude Lafleur dans Le Devoir. Dans un article publié cet hiver, le journaliste scientifique rappelle que « s’il n’est jamais trop tard (ou presque) pour épargner, il est clairement avantageux de commencer à épargner le plus tôt possible ». Mais comment s’y prendre quand on est sollicité de toutes parts, s’interroge-t-il ?

« Il faut y aller à petites doses et avec des objectifs à court terme », a-t-il écrit, citant également Angela Iermieri. « Quand on est jeune, bien sûr, la retraite est loin », dit-elle. La première chose à faire est de prendre l’habitude de mettre un peu d’argent de côté dans un but précis.

Vous devez donc commencer par mettre de côté de petits montants chaque semaine ou chaque paie en prévision de votre objectif à court terme. « Et une fois que l’on prend l’habitude d’épargner, il devient facile de viser à plus long terme. L’important, c’est de prendre l’habitude d’épargner quand on est jeune », insiste le spécialiste. « À chaque âge, des objectifs se présentent à nous : acheter une voiture, acheter une maison… pour éventuellement préparer la retraite. Il faut donc se renseigner le plus rapidement possible sur l’importance de l’épargne », recommande Renaud Bourget, actuaire à Retraite Québec.

Avant tout, nous devons combattre l’idée magique selon laquelle tout ira bien quand viendra la retraite, écrit Claude Lafleur. En d’autres termes, « il est important d’être conscient des enjeux économiques, même s’ils sont concepts pas très excitants. Ensuite, nous parlons de littératie financière, de savoir ce qui se passe. Il s’agit de prendre conscience des concepts économiques au plus vite et, à ce moment-là, il devient évident de s’inquiéter de sa retraite car un jour cet objectif s’imposera à nous », explique Renaud Bourget.

5) La planification de la retraite a complètement changé en dix ans

Démographie, espérance de vie plus longue, fiscalité de plus en plus complexe, nouveaux produits d’épargne, faibles taux d’intérêt, mauvaise santé financière des régimes de retraite, réforme des régimes publics : « tous ces éléments ont contribué à des formules de calcul plus complexes et mieux adaptées à la situation de chaque individu », somme l’Institut québécois de planification financière (IQPF) dans un texte publié l’automne dernier.

Parmi les nouveaux facteurs qui doivent désormais être pris en compte, l’IQPF mentionne la création du CELI en 2009, qui a ajouté « une option importante dans les véhicules d’épargne » au pays, en plus du REER « qui règne roi et suprême depuis 1990 ». De même, avec la réforme du Régime de rentes du Québec en 2013, qui a introduit la bonification d’une rente demandée tardivement et relevé le taux de pénalité lorsqu’il est anticipé, « de nombreuses stratégies fiscales visant à maximiser la liquidité disponible d’un retraité ont vu le jour » et « l’âge de la retraite n’est plus nécessairement coïncide avec celui de l’obtention de loyers publics ». Et une réflexion identique se fait jour en ce qui concerne la pension de la Sécurité de la vieillesse, depuis le 1er juillet 2013, il est possible de la reporter volontairement pour un maximum de cinq ans tout en augmentant son montant, sans parler des augmentations causées par le taux d’indexation trimestriel. Enfin, le ratio d’endettement des ménages, qui continue d’atteindre des niveaux records chaque trimestre, est un autre facteur plus inquiétant qu’il ne l’était il y a dix ans, d’autant plus qu’il s’agit généralement de prêts hypothécaires de plus en plus importants et en demande à un âge plus avancé qu’au passé.

Conclusion de l’IQPF : « Une autre réalité est apparue dans le paysage de la planification de la retraite, soit le report de la retraite, soit le retour sur le marché du travail afin de régler des dettes. D’autant plus que les baby-boomers, qui sont généralement en forme et actifs, peuvent s’attendre à vivre plus longtemps que la génération de leurs parents. »

Selon Le Figaro, ce n’est pas seulement la planification financière qui a changé, mais l’idée même que les gens ont de la retraite. Dans un article publié en juillet, le sociologue français Serge Guérin explique qu’aujourd’hui plus que jamais, une bonne préparation préalable est cruciale. Il y a quelques décennies à peine, quitter le marché du travail signifiait souvent « la fin de l’histoire », se souvient-il. « Cela a été perçu comme un «   », une sorte de temps de vie en prime. Elle n’était pas considérée comme une tranche de vie à part entière. La vie c’était le travail, la carrière. Nous imaginons que les 30 Glorieuses étaient d’une prospérité infaillible, mais c’était aussi une période où nous travaillions de plus en plus fort : 44 heures en moyenne par semaine ! La durée de vie moyenne l’espérance était alors de 67 ans. Et au mieux, nous prenions notre retraite à 65 ans… »

Selon Serge Guérin, les mentalités ont vraiment changé au début des années 2000, lorsque les baby-boomers ont commencé à prendre leur retraite. C’est en effet à cette époque que cette phase de la vie est devenue « une nouvelle aventure, avec un champ de possibilités gigantesque ». En même temps, ajoute le sociologue, le « jeunisme » est très présent dans notre société, ce qui nous encourage à « rester jeunes » à tout prix, quel que soit l’âge. « La jeunesse est très surévaluée. Les retraités ne sont donc jamais aussi engagés, avec un fort désir de rester actifs. Association, formation… Il existe de nombreuses formes. Certains ont même des vocations entrepreneuriales », explique-t-il. Lorsqu’on lui demande ce qu’il anticipe au cours des cinq à dix prochaines années, le spécialiste dit craindre des « pertes de pouvoir d’achat » et des « situations plus difficiles ».